Le marché de l’ADSL aujourd’hui
Ces deux dernières années, les fournisseurs d’accès à Internet ont beaucoup évolués en France, avec la disparition de nombreux acteurs du marché… Rachats, fusions, OPA : aujourd’hui, on ne considère finalement plus que 3 grands fournisseurs d’accès à Internet. En omettant volontairement le cable ou la fibre, on distingue principalement les FAI suivants si l’on veut ouvrir une ligne ADSL : Orange, Neuf Cegetel et Free. Petit tour d’horizon et un peu de spéculations…
Orange
Juin 2006, Wanadoo devient Orange afin que la filiale de France Telecom regroupe ses activités hors téléphonie fixe sous une seule et même enseigne. Orange est donc à la fois fournisseur de téléphonie mobile (anciennement Itinéris) et d’ADSL (anciennement Wanadoo). De plus, par le biais du réseau France Télécom, la maison-mère, l’acquisition d’une ligne de téléphone fixe est également possible, par exemple pour les personnes ne disposant pas du dégroupage, permettant les appels depuis un téléphone fixe par le biais de son abonnement ADSL.
Aujourd’hui, Orange est le premier fournisseur d’accès à Internet, de même qu’il est premier opérateur de téléphonie mobile. Concernant son développement Internet, d’importants coûts en installation de fibre optique sont en cours partout en France.
Neuf Cegetel
Renommé ainsi après le rachat de Cegetel en 2005, Neuf est le deuxième fournisseur d’accès à Internet en terme de nombre d’abonnés. Les quelques 3 millions de clients que revendique le FAI sont principalement dus aux diverses acquisitions effectués, dont celle de Cegetel, AOL France et Club Internet. Par le biais du rachat de Cegetel à SFR, le groupe SFR devenait ainsi le principal actionnaire du groupe Neuf Cegetel avec 40% des parts. En avril 2008, SFR achète 40 autres pourcents au groupe Louis-Dreyfus, atteignant ainsi 80%. Le mois suivant, SFR lance une OPA (Offre Publique d’Achat) sur les quelques pourcents restants. A l’issue de l’OPA, le groupe SFR détient 100% de Neuf Cegetel.
En 2005, lorsque Neuf met la main sur Cegetel, appartenant alors à SFR, Neuf pouvait d’ores et déjà proposer une offre de téléphonie mobile en s’appuyant sur le réseau de SFR. Cette offre à été sobrement intitulée Neuf Mobile… Réciproquement, SFR, opérateur de téléphonie mobile numéro 2 en France, propose une offre d’ADSL se basant bien évidemment sur le réseau de Neuf Cegetel. Télé2, propriété du groupe SFR propose également une offre ADSL et téléphonie fixe depuis bien longtemps. Mais suite à l’acquisition complète de Neuf par SFR, au début du mois, les abonnées de Télé2 ADSL ont été invités à migrer leur abonnement vers une offre Neuf, tous frais payés par SFR…
En conclusion, ce méli-mélo de sociétés appartenant les unes aux autres proposent finalement les mêmes services sur un même réseau mais sous des noms différents : SFR, Cegetel, Télé2 et Neuf proposent donc à la fois des offres de téléphonie fixe, de téléphonie mobile et d’ADSL. Le tout sur un seul et même réseau, et désormais propriété intégrale de SFR, deuxième opérateur de téléphonie mobile derrière Orange !
En faisant preuve d’imagination, j’ai bien envie d’émettre l’hypothèse que la marque Neuf/Neuf Cegetel puisse être renommée en SFR. C’est de toute façon ce qui se chuchote et qui paraitrait assez logique suite à un rachat. L’ensemble de l’offre deviendrait alors « SFR ADSL », « SFR Mobile » et pourquoi pas « SFR Fixe », par le biais de Télé2 dont on ne connait pas vraiment l’avenir. Ainsi énoncé, les différentes offres de SFR seraient nettement mieux identifiées et la souscription aux actuelles offres de Neuf serait alors possible depuis plus de 700 boutiques SFR, ce qui n’est pas du tout le cas à l’heure actuelle. Définitivement plus proche d’Orange en adoptant ce genre d’attitude, SFR renforcerait sans nul doute sa position de numéro 2.
Free
Entre l’ADSL tout compris à moins de 30 euros par mois, la connexion en 56k sans surcoût, ou encore le forfait RTC à 50 heures de connexion, Free a su se démarquer sur le marché de l’Internet. Aujourd’hui troisième FAI français, cette place est nettement méritée non seulement par l’audace des offres lancées et toujours en place, mais également par le fait que les (presque) 3 millions d’abonnés se sont inscrits de leur propre chef, et non pas suite à l’acquisition d’autres FAI… Ce détail est d’ailleurs sur le point de changer puisque Iliad, maison-mère de Free, a entamé au mois de Juin les négociations pour le rachat d’Alice, 4ème et dernier fournisseur non encore racheté par ses concurrents. Pour plus de 950 000 abonnés et au maximum 800 000 euros, l’acquisition d’Alice d’ici l’automne permettrait à Free de repasser numéro deux.
Au niveau des réseaux disponibles, Free ne propose rien d’autre que l’ADSL/RTC : pas de forfait mobile, pas de ligne fixe (sauf par le biais d’un abonnement ADSL). Si l’on tient compte des possessions de la maison-mère, Iliad, la société OneTel est toujours sur le marché du téléphone fixe avec 500 000 abonnés. Iliad avait prévu dans son plan de développement l’acquisition de la quatrième licence 3G, qui aurait probablement abouti à une offre de téléphonie mobile. Estimée à près de 620 millions d’euros, Iliad tenta de négocier des facilités de paiement pour cette licence. Facilités refusées par l’ARCEP qui rejetta alors la candidature d’Iliad/Free, par ailleurs seul candidat pour l’obtention de cette licence…
Et sinon ? Rien… Avec Orange et SFR en première et deuxième place et leur capacité de développement importante grâce aux offres déjà en place, les deux opérateurs mobile et Internet vont évidemment faire de l’ombre à Free dans les mois à venir. Sans compter que l’acquisition d’Alice n’est pas encore finalisée, il ne manquerait plus que celle-ci échoue pour que Free soit clairement fragilisé. Ajoutons à cela un détail, léger certes, mais à souligner : Orange et SFR (Neuf Cegetel également avec son offre ADSL) proposent une option permettant le téléchargement illimité de musique sur son mobile ou sur son PC (chez Neuf Cegetel, cette option est gratuite si elle se limite à un genre de musique). Que fait Free sur le créneau de la musique ? Rien, sinon mettre des billes dans Deezer, service d’écoute de musique en ligne. En bref, Free malgré sa position et sa démarche n’en reste pas moins légèrement à la traine. C’est d’ailleurs probablement pour réagir qu’il change sa stratégie en se proposant de racheter Alice au prix fort. Mais cela peut-il suffir ? Si non, il reste une solution : le rachat de Free !
Je divague ? Pas du tout ! Il y a deux ans et demi, une rumeur folle avait pourtant fait trembler l’action d’Iliad concernant un rachat par… Bouygues ! Tiens donc, le troisième opérateur de téléphonie mobile, pionner de l’Internet sur mobile avec l’i-mode, pourrait-il être intéressé par Free et ses petits amis ? Bien sur, tout cela n’a pas dépassé l’état de rumeur, mais néanmoins, cela pourrait être envisageable. En terme de stratégie déjà, Free ne s’adresse pas vraiment aux professionnels là ou Bouygues rencontre un franc succès auprès des entreprises. De même, Bouygues contrairement à ses deux concurrents n’a pas d’offre de téléphonie fixe, ni d’offre Internet. Free n’a pas la téléphonie mobile, ni à l’époque, ni aujourd’hui (suite au refus de la licence 3G). Un rapprochement des deux sociétés n’est donc pas à exclure et pourrait aboutir à un nouveau marché pour Bouygues comme pour Free…
Cette rumeur n’est plus revenue depuis, et Bouygues Télécom aurait de toute façon décidé de se lancer dans l’ADSL de son côté en louant puis rachetant une partie d’un réseau existant, normalement celui de Neuf. Pas plus d’informations à l’heure où je rédige ce billet… Je ne sais pas ce que cela peut donner, mais Bouygues qui rachète du réseau à SFR, je n’y crois que moyennement.
Un rachat d’Iliad, que ce soit par Bouygues ou non, n’est toutefois pas à exclure, non seulement pour son développement futur, mais aussi parce que l’idée d’un rachat d’Iliad est ré-apparue… la semaine dernière ! Dépassant le stade de rumeur, le groupe Bolloré a en effet proposé quelques 90 euros par action, estimant ainsi le groupe Iliad à près de 5 milliards d’euros (soit le double de l’estimation faite par Bouygues il y a deux et demi). Cette offre a été refusée par lliad, et le but non avoué étant pour le groupe d’obtenir une licence WiMAX nationale, actuellement détenue par Free. Le déploiement du WiMAX étant à venir sous peu, l’affaire Bolloré/Iliad n’est pas terminée.
En conclusion, à moins de disposer d’une capacité d’investissement conséquente, et je pense par exemple au déploiement de la fibre optique par Orange, l’avenir du marché semble se faire principalement sur les rachats (SFR et Neuf, Free et Alice…). Bien que rien ne soit joué pour le moment, tout cela risque d’évoluer assez rapidement.